Les rsistances aux antibiotiques

 par ALAIN PEREZ, le 19 Janvier 2009

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Cherche nouveaux antibiotiques désespérément

[ 19/01/09  - 02H30   - actualisé à 09:13:00  ]

Les résistances aux antibiotiques se multiplient et cette dérive inquiète les spécialistes des maladies infectieuses dans les hôpitaux. 

La recherche sur la tolérance des médicaments est en train de prendre le dessus sur leur efficacité. C'est une situation schizophrénique. " Le docteur Rémy Gauzit, chef du service de réanimation de l'Hôtel-Dieu à Paris, est inquiet. D'un côté, il constate tous les jours dans son service la présence de souches bactériennes résistantes aux antibiotiques disponibles. De l'autre, il déplore le manque d'intérêt des industriels pour une classe de médicaments qui a marqué un tournant dans l'histoire de la santé : le combat de l'humanité contre les maladies infectieuses. " Les antibiotiques ont le tort de guérir en quelques jours des maladies dont on a oublié qu'elles étaient mortelles ", indique le chercheur parisien. Un chiffre résume la situation : sur les 500 nouvelles molécules en développement dans l'industrie pharmaceutique mondiale (1), seulement 5 s'appliquent à la lutte antibactérienne et atteindront peut-être le stade de la mise sur le marché. " Au début des années 1980, le portefeuille des laboratoires contenait une quinzaine de molécules ", regrette le médecin parisien.

Augmenter les prix

Les industriels de la pharmacie délaissent ce marché pour trois raisons principales. D'abord, la difficulté de la tâche. Aucun nouveau concept ne paraît actuellement suffisamment mûr pour justifier des investissements dans ce domaine. Au mieux, un nouvel antibiotique ne peut être que marginalement supérieur aux molécules existantes. Résultat, ce bénéfice limité risque d'être jugé insuffisant par les autorités de santé, qui mesurent le rapport coût-efficacité des nouvelles molécules (2). Ensuite, la complexité croissante des essais cliniques, plombés par des procédures de plus en plus lourdes. " C'est un effet de balancier regrettable du principe de précaution ", indique le député de la Moselle François Grosdidier, ardent défenseur de ce concept désormais constitutionalisé. Dernier écueil lui aussi de taille : le faible rendement financier de ces molécules, vendues très peu cher et à la merci de génériqueurs sauvages.

Pour sortir de ce cercle vicieux, le médecin Rémy Gauzit tient un discours incroyablement détonnant dans la communauté médicale. " Il faudrait peut être augmenter le prix des antibiotiques ou étendre la durée de la protection intellectuelle des brevets. En fait, je crois qu'il ne faudrait pas génériquer les antibiotiques. " Afin de sensibiliser le monde politique, les spécialistes français préparent un Livre blanc sur les relations entre les maladies infectieuses et les médicaments. Première étape, réunir tous les acteurs de la filière - professionnels de santé, industriels, autorités de santé. Objectif ultime de ces grandes manoeuvres : porter sur la place publique " l'affaire des antibiotiques ". Cette action militante suffira-t-elle à débloquer le dossier ? Pas sûr. En juillet 2005, la Société américaine des maladies infectieuses avait publié un cri d'alarme similaire (3). Ce document demandait à Washington d'adopter des mesures financières fédérales " pour inciter l'industrie pharmaceutique à s'intéresser de nouveau aux antimicrobiens ". Il est resté sans effet.

En attendant, les nouvelles souches de " Staphylococcus aureus ", " Pseudomonas aeruginosa " et autres " Enterococcus faecalis " prolifèrent en toute tranquillité. Pour ces tueurs silencieux, habitués des services de réanimation et des salles d'opération, les ennemis disparaissent les uns après les autres. La vancomycine a perdu depuis plusieurs années son statut d'" antibiotique de dernier recours ". Outre-Atlantique, le problème prend l'allure d'une catastrophe sanitaire. Selon les données officielles, en 2002, ce fléau a entraîné la mort de près de 99.000 personnes, victimes de pneumonies et d'infections sanguines ou urinaires.

Sombre bilan

En France, la situation est moins grave mais tout aussi préoccupante. Près de 7 % des malades entrant dans un hôpital sont victimes de maladies nosocomiales provoquant 4.200 décès par an. Plus de 60 % des souches de staphylocoques dorés sont désormais résistantes à une molécule de référence (méticiline). Les données publiées par l'organisme européen de surveillance (EARSS) montre que l'Europe du Nord est moins vulnérable que les pays du Sud et ce n'est pas un hasard. En 2004, une enquête confirmait que les Français " étaient de très loin ceux qui sont le moins informés par leurs médecins ". Dans l'Hexagone, les professionnels de santé semblent entretenir une relation affective avec les antibiotiques. " Très souvent les médecins prescrivent les antibiotiques comme un traitement de leurs propres angoisses et pour calmer leur peur de se tromper ", ajoute Rémy Gauzit.

A l'usage, cette distribution " largo manu " des antibiotiques dans l'Hexagone s'est donc retournée contre les patients. " On a pris l'habitude de les prescrire dans des non-indications ", regrette Rémy Gauzit. Ce sombre bilan est à rapprocher des discours triomphalistes de la fin des années 1970. Il y a trente ans, de nombreux experts imaginaient que les antibiotiques allaient définitivement chasser les micro-organismes pathogènes de la surface de la terre. Dans un article paru dans " Pour la science ", l'hématologue Jean-Paul Lévy rappelait que " vers 1980 on étudiait la possibilité de fermer les services hospitaliers consacrés aux maladies infectieuses ".

ALAIN PEREZ

 

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